L'arthrose des doigts est l'usure du cartilage des petites articulations de la main. Elle se reconnaît à trois signes : une douleur qui apparaît quand on se sert de ses mains et cède au repos, une raideur de quelques minutes au réveil, et des grosseurs dures qui déforment progressivement les articulations. Elle touche 3 % des personnes de plus de 55 ans, très majoritairement des femmes, et l'hérédité y pèse pour 60 %. Cette page dit comment la reconnaître, quels doigts elle atteint, ce qui la soulage réellement selon les rhumatologues, et à quel moment il faut consulter.
Trois signes vont ensemble, et c'est leur association qui compte.
La douleur est mécanique. Elle se déclenche à l'usage de la main, ouvrir un bocal, tourner une clé, écrire, et elle s'apaise quand la main se repose. C'est l'inverse d'une douleur inflammatoire, qui réveille la nuit et se calme en bougeant. La Société française de rhumatologie précise qu'elle est « parfois vive au début, puis elle va s'atténuer ou disparaître dans le temps », avant de redevenir plus constante dans les formes évoluées.
La raideur du matin est brève. On parle de dérouillage : les doigts sont enraidis au réveil et retrouvent leur souplesse en quelques minutes. Si la raideur dure plus d'une demi-heure, ce n'est probablement pas de l'arthrose, et un avis médical s'impose.
Les articulations grossissent. Des nodosités dures apparaissent, dues à l'os qui se remodèle et non à un gonflement passager. Elles s'installent après des poussées douloureuses répétées, ou progressivement sans douleur particulière.
S'y ajoutent des poussées : l'articulation devient chaude, gonfle, la douleur augmente. Ce gonflement vient d'une production excessive de liquide articulaire en réaction à la lésion du cartilage.
Les articulations atteintes ont des noms, et savoir lesquelles sont en cause aide à comprendre ce dont on parle.
Les articulations du bout du doigt, les interphalangiennes distales, celles qui se trouvent juste sous l'ongle. Les grosseurs qui s'y forment s'appellent des nodules d'Heberden. Ce sont les plus visibles et les plus fréquentes.
Les articulations du milieu du doigt, les interphalangiennes proximales. Les déformations portent là le nom de nodules de Bouchard.
La base du pouce, l'articulation trapézo-métacarpienne. L'arthrose y porte un nom à part, la rhizarthrose. C'est souvent la plus gênante au quotidien, parce que le pouce commande la pince et donc presque tous les gestes de préhension.
Les articulations de la base des doigts, les métacarpo-phalangiennes, sont en revanche peu concernées. Quand elles gonflent, les rhumatologues cherchent autre chose qu'une arthrose.
Les mains représentent 35 à 45 % des localisations d'arthrose, selon l'Inserm, juste derrière la colonne vertébrale. Sur l'ensemble des localisations, l'arthrose touche environ 8 millions de personnes en France.
L'hérédité est le premier facteur, et de loin. L'arthrose digitale a une héritabilité estimée à 60 %. L'Inserm confirme que l'arthrose des mains « peut être héréditaire ». Un antécédent familial d'arthrose des doigts est d'ailleurs l'un des éléments qui orientent le diagnostic.
Le sexe ensuite. Elle touche bien plus souvent les femmes. Dans la cohorte française DIGICOD, qui a inclus 426 patients répondant aux critères de l'American College of Rheumatology, 84 % étaient des femmes.
L'âge enfin. L'arthrose, toutes localisations confondues, concerne 3 % des moins de 45 ans, 65 % des plus de 65 ans et 80 % des plus de 80 ans. Pour la seule arthrose digitale, la prévalence est estimée à 3 % après 55 ans.
D'autres facteurs pèsent : les traumatismes articulaires anciens, certaines maladies de l'articulation comme la chondrocalcinose ou la goutte, et les facteurs métaboliques.
C'est la question la plus cherchée après les symptômes, et celle que les pages spécialisées traitent le moins.
Les gestes répétés et les contraintes mécaniques répétées sur une articulation figurent parmi les facteurs initiateurs de l'arthrose, au même titre qu'un traumatisme. Un métier qui sollicite fortement la pince du pouce, la préhension en force ou les vibrations expose donc davantage la main.
Deux conséquences pratiques. Pendant une poussée douloureuse, il faut éviter tout surmenage de l'articulation : c'est la recommandation explicite des rhumatologues, et cela peut justifier un aménagement temporaire du poste. Et l'avis d'un ergothérapeute est utile : il évalue les gestes qui abîment, propose des aides techniques et adapte l'environnement, du manche de couteau épaissi à l'ouvre-bocal fixe.
En dehors des poussées, en revanche, l'activité de la main doit être maintenue. Le repos prolongé aggrave la situation.
Voici ce que recommandent la Société française de rhumatologie et les rhumatologues hospitaliers, dans l'ordre où cela se fait.
Les anti-inflammatoires en gel, en premier. Pour les doigts, ils sont le traitement de première intention et pas un pis-aller : les articulations sont très proches de la peau, ce qui donne un excellent rapport entre l'effet obtenu et le risque encaissé. Le Pr Jérémie Sellam, rhumatologue à Saint-Antoine, décrit la façon de faire de son équipe : « une noisette du produit le soir au niveau de la ou des articulations atteintes », les doigts étant ensuite « enrobés toute la nuit dans du film alimentaire étirable ». L'application doit être répétée plusieurs jours de suite.
Le paracétamol ensuite, à la dose de 2 à 3 g par jour, si le gel ne suffit pas. Quand la douleur est permanente, il vaut mieux le prendre régulièrement dans la journée qu'attendre que la douleur revienne. La durée doit rester la plus courte possible.
La capsaïcine faiblement dosée, un dérivé du piment, peut être prescrite en pommade.
Le chaud ou le froid, selon ce qui soulage chacun. Il n'y a pas de règle : les rhumatologues renvoient au ressenti personnel.
Une attelle de repos pour immobiliser l'articulation pendant la période douloureuse, y compris la nuit.
Une infiltration de corticoïde en cas de poussée avec épanchement, le liquide en excès étant ponctionné avant l'injection.
Et, mesure phare, l'activité. Entretenir une mobilité régulière préserve l'amplitude articulaire et la force. C'est présenté comme l'une des mesures principales de la prise en charge, pas comme un conseil d'appoint.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens en gel ou en pommade sont à privilégier par rapport aux comprimés, c'est écrit noir sur blanc par la Société française de rhumatologie, et c'est la première intention pour les doigts.
Deux précautions accompagnent cet usage. Ces produits peuvent provoquer des irritations locales, et surtout des réactions lors de l'exposition au soleil : des mains traitées puis exposées peuvent réagir. Et la durée de traitement doit rester courte.
La capsaïcine en pommade constitue l'autre option, sur prescription.
Aucune de ces pommades ne répare le cartilage. Elles agissent sur la douleur et sur l'inflammation de la poussée.
L'immobilité. C'est ce qui ressort de toutes les recommandations : l'activité physique régulière est « l'une des mesures phare » de la prise en charge, parce qu'elle maintient l'amplitude des mouvements et la force des muscles qui protègent l'articulation. Une main que l'on cesse d'utiliser par crainte de la douleur perd de la souplesse et de la force, et le geste devient encore plus difficile.
Le surpoids est le second, et il agit sur toutes les articulations. Une perte d'environ 5 % du poids améliore les douleurs et protège l'articulation.
Le surmenage pendant une poussée est le troisième. La nuance est importante et elle est souvent mal comprise : on bouge en dehors des crises, on épargne l'articulation pendant.
C'est un point où les sources sérieuses ne disent pas toutes la même chose, et il vaut mieux l'exposer que le trancher.
Les anti-arthrosiques symptomatiques d'action lente regroupent la chondroïtine, la glucosamine, les insaponifiables d'avocat et de soja et la diacéréine. Ils agissent, quand ils agissent, sur les symptômes : il ne faut pas en attendre une récupération du cartilage abîmé. La Société française de rhumatologie indique que leur efficacité « reste encore, à l'heure actuelle, l'objet de controverse », et l'Inserm emploie le même mot. Ces médicaments ne sont plus remboursés.
Une exception mérite d'être connue sur les doigts précisément. L'EULAR, la société européenne de rhumatologie, donne une place au chondroïtine sulfate sous forme de médicament, sur la foi de l'essai FACTS, randomisé en double aveugle contre placebo, qui a montré un effet sur la douleur et la gêne fonctionnelle à 3 et à 6 mois.
Autrement dit : un effet possible sur le confort, documenté pour la main, aucun effet démontré sur le cartilage lui-même, et un remboursement supprimé. Le collagène, souvent vendu pour les articulations, n'est cité dans aucune de ces recommandations.
Le diagnostic est en général facile à poser : des douleurs aux articulations des doigts, une gêne, une raideur matinale et des antécédents familiaux, le plus souvent chez une femme de plus de 50 ans. Il est confirmé par une radiographie standard, qui montre le pincement de l'espace entre les deux os.
Consultez sans attendre si la raideur du matin dépasse une demi-heure, si plusieurs articulations de la base des doigts gonflent, si la douleur réveille la nuit, ou si la gêne devient invalidante. Ces situations évoquent autre chose qu'une arthrose, en particulier une polyarthrite rhumatoïde ou un rhumatisme psoriasique, et dans les formes atypiques un avis de rhumatologue est préférable.
Une forme particulière existe, l'arthrose digitale érosive, plus destructrice et plus douloureuse. Elle concerne 4 à 10 % des arthroses digitales et justifie une prise en charge spécialisée.
Par l'association de trois signes : une douleur déclenchée par l'usage de la main et calmée par le repos, une raideur matinale de quelques minutes, et des articulations qui grossissent. Une radiographie confirme le diagnostic.
Surtout les articulations du bout du doigt, sous l'ongle, où se forment les nodules d'Heberden, celles du milieu du doigt, avec les nodules de Bouchard, et la base du pouce, où l'arthrose s'appelle rhizarthrose. Les articulations de la base des doigts sont peu touchées.
D'abord par un anti-inflammatoire en gel appliqué localement plusieurs jours de suite, puis par le paracétamol si nécessaire, avec des attelles de repos pendant les crises, du chaud ou du froid selon le ressenti, et le maintien d'une activité régulière en dehors des poussées. Les infiltrations de corticoïde sont réservées aux poussées avec épanchement.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens en gel, que les rhumatologues privilégient par rapport aux comprimés pour les doigts. La capsaïcine faiblement dosée est une autre option, sur prescription. Attention aux réactions au soleil après application.
L'immobilité. L'activité régulière est l'une des mesures principales du traitement. Le surpoids vient ensuite : perdre environ 5 % de son poids améliore les douleurs.
En grande partie. L'héritabilité de l'arthrose digitale est estimée à 60 %, et l'antécédent familial fait partie des éléments qui orientent le diagnostic.
Non. Les lésions du cartilage ne régressent jamais. En revanche l'évolution n'est pas linéaire : elle peut rester longtemps silencieuse, ou lente, sans entraîner de handicap majeur. Le traitement vise la douleur et le maintien de la fonction.
Leur efficacité reste controversée et ils ne sont plus remboursés. L'EULAR reconnaît toutefois une place au chondroïtine sulfate médicamenteux, sur la base de l'essai FACTS qui a montré un effet sur la douleur à 3 et 6 mois. Aucun ne reconstruit le cartilage.
Non, sauf pendant une poussée douloureuse, où l'articulation doit être épargnée. En dehors des crises, l'usage et la mobilisation sont recommandés.
Inserm, dossier Arthrose, réalisé avec le Pr Francis Berenbaum, Centre de recherche Saint-Antoine, unité Inserm 938. Société française de rhumatologie, « Comment se manifeste l'arthrose ? » et « Comment se traite aujourd'hui l'arthrose ? ». Vidal, « L'arthrose digitale, très fréquente, douloureuse et handicapante », citant le Pr Jérémie Sellam, les critères de l'American College of Rheumatology de 1990, la cohorte DIGICOD et l'essai FACTS. Sources consultées le 15 septembre 2026.
Cette page donne une information générale. Elle ne remplace pas une consultation. En cas de douleur qui dure ou s'aggrave, parlez-en à un médecin ou à un pharmacien.